RADIOFRANCE.FR - LE BLOG D'ALEX DUTILH
Patricia Barber ou la légèreté de l'air
Vendredi 29 Avril 2011

Patricia Barber

Elle venait de remplir le New Morning à Paris les deux jours précédents. Hier soir, jeudi 28 avril, Patricia Barber clôturait la saison jazz de l'Espace Carpeaux de Courbevoie avec son quartet. Le choix de la voir plutôt là, après l'avoir mardi dans le club parisien ? Pour le confort d'écoute (son et visibilité parfaits) et la curiosité d'observer les réactions d'un public plus généraliste venu voir une chanteuse… qui ne chante guère, mais qui témoigne d'un énorme appétit de piano !

On était aussi curieux de voir où en était Patricia Barber du fait que Blue Note n'a cessé de reporter la sortie d'un, puis deux albums qui ont fini par sortir ailleurs et différemment. À savoir sur le propre site de l'artiste : deux recueils témoignant de ses "Monday Night At The Green Mill" où elle se rend avec son quartet lorsqu'elle séjourne à Chicago entre deux tournées. Mais aujourd'hui qu'elle a une chaire d'enseignement musical à l'Université, elle y est plus souvent…

Son quartet a connu un seul changement par rapport à celui de la dernière décennie : le contrebassiste Larry Kohut a succédé à Michael Arnopol. Un immense bonheur de justesse et de plénitude du son tout au long du concert. Neal Alger (g) et Eric Montzka (dms) sont fidèles au poste, toujours aussi attentifs aux pianissimos et aux changements de tempo qu'affectionne leur leader. C'est à la manière d'une Geri Allen ou d'une Renee Rosnes que Patricia Barber a mené son concert, de standards ré-arrangés en originaux aux climats oniriques. Une pianiste entourée de musiciens soucieux de soigner le moindre détail.

De temps en temps, elle rapproche le micro pour un parlé-chanté sur lequel son timbre fait mouche et nous embarque dans son monde intérieur. Posé devant elle, en guise de partition, un iPad pour ne pas perdre le fil des paroles de ses nouvelles chansons. Parfois, elle retire ses mains du clavier, écoute un solo et mime la batterie comme une enfant espiègle… On la sent plus libre que jamais. Juste préoccupée du plaisir de l'interplay sur lequel elle surfe avec une légèreté confondante.

C'est exactement là que son approche distille un parfum unique : dans une insouciance bâtie sur la conviction de ne pas se préoccuper de faire joli ou parfait. Lorsqu'ils courent sur le clavier, les doigts de Patricia Barber sont légers comme l'air. Sa musique respire. Sa musique gronde et murmure. Elle vit en avançant. On avait envie de la remercier d'un seul mot : "musicienne" !

Prochains concerts : mardi 3 mai à Lagny-sur-Marne (Espace Charles Vanel), lundi 9 à Lyon (Amphi de la Cité Internationale), mercredi 11 à Amiens (Maison de la Culture), jeudi 12 à Saint-Cloud (Les Trois Pierrots), vendredi 13 à Bergerac (Centre Culturel) et le samedi 14 à Marciac (Salle des Fêtes).