L.Alsace.com Audacieuse et romanesque

Jazz
Patricia Barber, audacieuse et romanesque

Patricia Barber sur la ligne de départ de sa nouvelle tournée. Photo Jimmy Katz

Nouvel album, nouveau label et tournée française pour Patricia Barber, une jazzwoman qui place la barre toujours plus haut.
Smash : ce titre sec comme un coup de fouet désigne le dernier opus de Patricia Barber, artiste rare qui s’installe peu à peu au sommet de la scène jazz contemporaine. Moins médiatisée que ces consœurs Norah Jones, Diana Krall ou Melody Gardot, Barber se dévoile, une fois de plus, en aventurière. Audacieuse et romanesque (sic)… Même lorsqu’elle s’essaie à l’adaptation du « grand répertoire » comme ce fut le cas dans The Cole Porter Mix , son précédent disque chez Blue Note, elle finit toujours par sortir des sentiers battus.

Arrive donc Smash , son premier album pour le label Concord Jazz, mais le dixième (hors live et compilations) d’une carrière déjà bien remplie depuis la fin des années 80. Fille d’un ancien saxophoniste de Glenn Miller, Patricia Barber est native de Chicago, une des incontestables capitales mondiales du jazz. Et un terrain propice à l’éclosion de talents. Encore faut-il sortir du lot…

Au fil du temps, Patricia Barber a su imposer sa personnalité et un style d’une grande richesse. Pianiste émérite, chanteuse à la voix profonde, Barber séduit sans jamais sombrer dans le racolage. Smash témoigne de cet esprit curieux qui s’affranchit des genres musicaux pour mieux les rassembler en une fascinante collection.

Cette bossa merveilleuse qu’est Redshift ne dépareillerait nullement chez Joao Gilberto. La mélodie souveraine de The Wind Song est digne des grands auteurs-compositeurs à la Gershwin, Rodgers & Hart et l’intense progression de Scream ordonne le recueillement. On retrouve ce goût surprenant pour les solos très rock de guitare saturée, déjà éprouvés dans l’excellent Mythologies sorti en 2006, qui viennent briser la rêverie mélancolique de Smash (la chanson). Un effet qui contraste avec les lacets que dénoue la contrebasse de Spring Song … La faille mi-planante, mi-électroacoustique, creusée en plein cœur de Code Cool. Ou les passages délicieusement dansants et funky de Devil’s Food , titre qui souligne l’engagement de Patricia Barber pour la cause gay et lesbienne : « Des semblables s’aiment comme la nourriture du diable » …

La poésie et le rythme
Dans ce vaste univers, la voix, définitivement envoûtante, fait office de trait union. La chanteuse a cette diction particulière, habitée et appliquée, qui donne un reflet éclatant à une poésie débordant de formules subtiles et évocatrices. Ces « châteaux construits sur des rêves qui ressemblent tant à du sable » (Smash)… «Lorsqu’enfin dimanche arrive, Dieu n’est pas là » (Scream), « Le moindre des soupirs à fleur de sol est comme un cri… » (The Storyteller).

Lorsqu’elle chante l’amour et la vie, Patricia Barber exprime sa douleur, l’émotion, parfois la provocation, avec ce souci du mot juste et révélateur d’une écriture soignée. « J’ai étudié des auteurs-compositeurs, mais aujourd’hui je ne lis que les poètes , explique-t-elle. J’essaie de créer la poésie d’un ordre plus raffiné. Mais j’ai encore besoin de rimer, parce que la rime est le rythme, et le rythme, c’est la musique ».

Ainsi va Patricia Barber, entourée d’un groupe entièrement remanié : John Kregor tient désormais les guitares, Larry Kohut la basse et Jon Deitemeyer la batterie. L’ensemble fonctionne quel que soit le registre. Du jazz fondamental de Bashful à la ballade intemporelle de Missing , Barber nous transporte. « Tous les trucs intéressants se passent dans la tête et au piano » , dit-elle. Heureusement, Patricia Barber a choisi de ne pas les garder pour elle. D’où cette interrogation obsessionnelle : comment ne pas considérer ses prochains concerts dans le Grand Est comme d’authentiques événements ?

ÉCOUTER « Smash » (Concord, Universal Jazz). Concerts lundi 18 mars au Cheval-Blanc à Schiltigheim (complet) et mardi 26 mars à 20 h 30 au Théâtre Granit Belfort. Tarifs : 7 €-24 €. Tél : 03.84.58.67.67.

le 15/03/2013 à 05:00 par Thierry Boillot
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